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Côte d’Ivoire / Peinture / Zié Jean-Laurent Koné / LIGNES ET POINTS LIES

La peinture ignore la dérive des continents. Elle travaille au contraire à les rapprocher, à les chevaucher dans des glissements qui tiennent de la lumière. Depuis plusieurs mois, Zié Jean-Laurent Koné adopte pour ses tableaux un pointillisme qui rappelle l’art aborigène. Ces peuples de la lointaine Océanie lui semblent participer d’un esprit qui se rapproche du sien. Peu importe la couleur de leurs yeux et le mouvement de leurs lèvres, l’expression est similaire. «Le point est à l’origine de la vie. Il donne naissance au tiret, qui à son tour donne la ligne. Dans l’art aborigène, le point permet le scintillement. Il recrée la lumière.» En se rapprochant de ce que les Surmas (Ethiopie) et les Senoufos (Afrique de l’ouest), Zié Koné conclut à cette évidente universalité du sens et de la forme. » C’est d’ailleurs ce qui m’emmène à m’interroger sur le pointillisme. Du dot-painting aux représentations des légendes sacrées sur des surfaces planes, on retrouve toute la cosmogonie et les origines de nos différentes cultures, » poursuit-il. Partant de là, le peintre s’est ensuite attaché à comprendre la technique. Elle lui apparaît d’une parfaite maîtrise. « Les fonds sont de couleurs variées, avec des couches sous-jacentes souvent noires qui laissent transparaître les motifs pour donner l’effet de volume. La problématique esthétique est parfaitement résolue.« « Ne pas peindre sa terre c’est la laisser mourir « , dit-on en Océanie. Le point vient alors se poser à la surface des choses, le corps humain, comme les arbres et le paysage. Chez les Surmas, ce sera le corps et le visage, explique Koné Jean-Laurent. « Chez les Dogons, ce sont les reliefs. On peint donc le paysage, tout comme les peintres aborigènes.« «Ne pas peindre sa terre c’est la laisser mourir « , dit-on en Océanie. Le peintre ivoirien s’y refuse. Il ponctue de lumière les scènes traditionnelles, il répand le scintillement pointilliste dans le ciel et la savane. Et de conclure: « je dirai que pour moi ne pas peindre notre culture, c’est accepter de mourir.»